Note d’intention – Journal 51

Récit qui varie selon les régions, les pays, les époques, le conte semble exister partout, dans toutes les cultures et de tout temps (on en trouve déjà des traces au XIIIe avant J.-C.[1]). De source orale avant tout, nous le connaissons aujourd’hui sous une multitude de formes qui se réclament toutes d’une même tradition, celle d’une histoire transmise de bouche à oreille, de génération en génération, reflet de la société qui l’a vue naitre et se transformer.

En tant que « genre populaire », le conte a été longtemps déconsidéré comme objet d’étude. Depuis plusieurs décennies cependant, de nombreux·ses chercheur·ses s’y sont intéressé·es et leur travail semble lui avoir donné ses lettres de noblesse dans le milieu universitaire, où il fait aujourd’hui partie de ce qu’on appelle la « littérature orale » – une contradiction dans les termes que ce dossier tentera d’explorer.

Dans la sphère artistique, en particulier depuis les années 1970, on parle également d’un « renouveau du conte », dont les acteur·rices défendent l’importance de la « littérature orale » et entendent revisiter l’art de conter à un auditoire. Dans le sillage de ce mouvement, émerge la question de la professionnalisation des conteur·ses et de la reconnaissance du conte traditionnel comme discipline artistique à part entière.

À la fois « savoir sur la société et savoir de la société »[2], raconté dès le plus jeune âge, il participerait « à la construction des jeunes générations par l’adhésion aux codes culturels, symboliques et matériels ou le rejet de ces codes »[3] et constitue ainsi pour tout·tes une riche source d’enseignements sur l’histoire des peuples à l’écart de l’Histoire avec un grand H.

En tant que tradition ancienne et populaire, que nous apprend-il des mœurs et figures invisibles dans les grands récits « officiels » ? Dans un monde où l’écrit et l’image sont omniprésents, quelle est la place du conte aujourd’hui ? Quelles pratiques du conte et de la transmission orale ? Du collectage ? Quels usages, fidèles, dérivés ou détournés, coexistent aujourd’hui dans les différents secteurs de la société ?  Comment continue-t-il de refléter les enjeux sociétaux de notre temps ? À l’ère du « village planétaire », quelle porosité des pratiques de conteur·ses et des formes, quelle créolisation du conte ?


[1]     Voir l’entrée CONTE de l’Encyclopædia Universalis, rédigée par Bernadette Bricout..
[2]     Yvonne Verdier, Claudine Fabre-Vassas et Daniel Fabre, Coutume et destin : Thomas Hardy et autres essais, Gallimard, 1995, cité par Marion Gingras-Gagné et Andrée-Anne Tardy (org.), « ‟Il était une fois… ?ˮ Formes, enjeux et détournement du conte contemporain », colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire (UQAM), Montréal, 2017.
[3]     Christine Connan-Pintado et Guy Béhotéguy, Être une fille, un garçon dans la littérature pour la jeunesse : France 1945-2012, Presses universitaires de Bordeaux, 2014, cité par par Marion Gingras-Gagné et Andrée-Anne Tardy (org.), « ‟Il était une fois… ?ˮ Formes, enjeux et détournement du conte contemporain », colloque organisé par Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire (UQAM), Montréal, 2017.
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Dessin : © Annick Blavier