Note d’intention – Travail

Tripalium

« L’activité humaine est faite pour prendre une très grande variété de formes et son aliénation constitue en la limitation et sa fixation en une seule forme d’activité. »
Franck Fischbach

Culture & Démocratie a déjà planché sur la thématique du travail – dans son Journal 37 (2015) et dans son Cahier 06 (2016) – en questionnant spécifiquement le travail de l’artiste. À l’époque, le statut de l’artiste était mis à mal par l’ONEM qui rendait son accès et son maintien de plus en plus difficiles. Nous constations alors que le sort des artistes suite à ce durcissement était celui que connaissaient déjà de nombreux travailleurs, et que la critique du travail précaire des artistes devait être élargie à une critique du travail précaire en général. D’autant que cette précarisation du travail et des travailleurs engendrée par le nouvel esprit du capitalisme (le néo-management) apparaissait être le résultat d’une capture par le capitalisme, alors entré dans un troisième âge, de la critique artiste du travail. Tout travailleur devant être à sa tâche comme l’artiste est au travail : flexible, investi, autonome, responsable…

Dans la conclusion du Cahier 06 une nouvelle piste de réflexion était proposée. Suivant l’analyse du philosophe Franck Fischbach, nous estimions que c’est au départ d’un redéploiement du travail vivant qu’une reconstruction du social sera possible et que ce travail vivant n’est autre qu’un travail qui pourrait déployer pleinement sa dimension coopérative intrinsèque, caractérisée par la collaboration, la codécision, l’autogestion et l’implication dans l’ensemble du processus de production.

Et si le travail est essentiellement de nature coopérative et qu’il a la possibilité de se vivre comme tel, il nourrit de facto la démocratie. « Le travail est en effet cette pratique qui porte en elle la revendication d’une forme de vie qui ait l’aspect d’une coopération entre égaux, de sorte que le travail est aussi cette pratique où peut prendre racine l’exigence d’une démocratisation des formes de vie. » Dit autrement, il s’agit de « donner à la démocratie le contenu d’une coopération sociale que l’on dira effective pour autant qu’elle s’ancre dans l’expérience vive du travail coopératif. » Nous nous interrogions alors : le travail d’artiste pouvait-il être non pas conçu comme le travail isolé d’un sujet génial, mais comme un travail coopératif ?

À côté de textes plus théoriques qui détailleront, préciseront, poursuivront – sur le rôle du numérique notamment –, relativiseront, voire contesteront – est-il souhaitable que le travail soit à la base d’une reconstruction du social ? le présupposé anthropologique qui nourrit la conception d’un travail intrinsèquement coopératif est -il juste ? – les conclusions du Cahier 06 rappelées ci-dessus, nous tâcherons de montrer comment les artistes ou les institutions culturelles et socioculturelles s’emparent de cette question. En montrant (et condamnant) la réalité du travail (nouveau management, compétition, flexibilité, précarité, chômage, conditions de travail, perte de sens…) ; en s’investissant sur le terrain du travail ; en mettant en lumière cette dimension coopérative du travail (y compris du travail des artistes) ; en allant voir aussi de quelle manière les travailleurs tentent de se réapproprier (par la voie syndicale ou pas) la culture que leur travail produit mais qui leur est confisquée.♦


Côté image : ©Merkeke/Frémok, Self-service, Pastiche Vincent Fortemps, éditions Frémok, 2002.

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