Côté images – ©Annick Blavier

Maryline le Corre, coordinatrice à Culture & Démocratie

Annick Blavier l’indique tout de go sur son site internet : « La technique n’a jamais été pour moi un but mais un moyen. » De fait, quelle que soit la technique utilisée, le sujet de l’œuvre d’Annick Blavier est la trace, la mémoire et le décalage. Ses croquis, dont certains accompagnent ce Journal, s’inscrivent donc naturellement dans cette volonté de circonscrire un moment, une sensation.

Pour cela la forme croquis, bien que souvent reléguée au rang d’essai préparatoire, d’esquisse de l’œuvre à venir, est idéale. Car le dessin, qui « n’a pas d’autre intention que le geste », est avant tout la matérialisation d’un élan, d’un désir et d’une attention au monde environnant que représentent les inconnu·es autour de soi. « Chaque dessin ouvre un nouveau champ d’énergie où s’étend et prend forme la pensée, où se matérialise une sensation, se réalise une idée. »[1]

De ces portraits d’anonymes, simplement tracés au stylo bille ou au crayon, transpire ici la sensation d’attente. En effet, ce sont des cafés, des trains ou encore des salles d’attente de mutuelle ou d’hôpitaux, qui offrent à l’artiste les modèles de son carnet de croquis. Et l’immobilisme, la rêverie ou même l’ennui qui habitent les individus au moment où elle les dessine sont ici comme palpables. Nul besoin pour cela de contextualisation et les décors sont presque inexistants. Une main simplement posée sur un genou, une autre qui soutient un menton ou une tête, suffisent à donner forme, à rendre signifiant l’état dans lequel se trouvent ces inconnus jusqu’à ce que nous l’éprouvions aussi – qui n’a jamais vécu ces moments hors du temps ?

Un paradoxe nait donc ici de la posture de l’artiste, qui bien qu’également dans ces lieux, parvient à conjurer l’attente en matérialisant celle des autres, en traçant de sa main, celle, immobile, d’une femme qui somnole.

Avec ces croquis, Annick Blavier collecte et garde en mémoire des fragments de vie, qu’elle nous conte à sa manière.

Après des études à La Cambre entre 1970 et 1976, Annick Blavier pratique la peinture de 1979 à 2000, et participe à de nombreuses expositions en Belgique et en France. Elle réalise des affiches de théâtre dans les années 1980-1990 pour des théâtres belges et français et en 1989, une affiche de cinéma pour le film Histoires d’Amérique de Chantal Akerman. Lors de résidences à Paris, Berlin, Rome, elle réalise également des photographies et des vidéos. Après avoir vécu quelques années à Paris, elle revient à Bruxelles en 2001 et réalise et expose des collages au format carte postale, qu’elle fait régulièrement agrandir (format 84 x 120 cm) dans des labos professionnels (tirages aux pigments) pour ses expositions. De 2001 à 2013, elle est administratrice de la maison d’édition « la trame » et publie des livres auxquels participent des artistes, des philosophes, des écrivain·es et des scientifiques. Elle vient de terminer le court-métrage Une vie toute simple avec la réalisatrice et monteuse Els van Riel et le compositeur Guy De Bièvre, sur base de ses croquis aquarellés.

http://www.annick-blavier.org
[1] Gilgian Gelzer in Le plaisir au Dessin, Jean-Luc Nancy, Galilée.

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Fragment de dessin : © Annick Blavier